Pourquoi l’agriculture doit-elle être climato-intelligente ?

C’est maintenant clair, après le quatrième rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC, 2007) que le changement climatique menace sérieusement la croissance et le développement durable en Afrique et la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (PNUD, 2007). Les effets du changement climatique – réduction de la production agricole, détérioration de la sécurité alimentaire, augmentation de l’incidence des inondations et des sécheresses – sont déjà évidents (FPA et NEPAD, 2007).

Quels sont les impacts du changement climatique sur l’agriculture?

Les changements climatiques ont déjà eu des répercussions importantes sur l’agriculture (Lobell et al., 2011) et devraient avoir des répercussions directes et indirectes sur la production alimentaire. L’augmentation des températures, les changements dans les régimes de pluie, la disponibilité de l’eau, la fréquence et l’intensité des événements extrêmes, ainsi que l’élévation du niveau de la mer et la salinisation auront tous des répercussions profondes sur l’agriculture, la foresterie et les pêches. (Gornall, 2010; GIEC, 2007a; Beddington, et al,.2012b; HLPE, 2012a; Thornton et al., 2012).

Le rôle de l’agriculture dans le changement climatique et, plus important encore, son potentiel d’atténuation, devraient être examinés dans une perspective plus large. Certains aspects des émissions à la ferme ne sont pas inclus dans le chiffre de 13,5 %, mais sont regroupés dans d’autres secteurs, comme l’électricité utilisée dans les bâtiments agricoles et le carburant utilisé dans le matériel agricole et le transport des aliments. De plus, l’agriculture est un important moteur de la déforestation, qui représente environ 17 % des émissions mondiales de GES (GIEC, 2007b).

Pour atteindre les objectifs de sécurité alimentaire et de développement agricole, il sera essentiel de s’adapter au changement climatique et de réduire l’intensité des émissions par production. Les pays en développement, et en particulier les petits agriculteurs et les pasteurs, sont particulièrement touchés par les impacts négatifs du changement climatique. Bon nombre de ces petits producteurs doivent déjà composer avec une base de ressources naturelles dégradée. Ils manquent de connaissances sur les options possibles pour adapter leurs systèmes de production et ont des actifs et une capacité de prise de risques limités pour accéder et utiliser les technologies ou les services financiers.

L’amélioration de la sécurité alimentaire tout en cherchant à atténuer les changements climatiques et à préserver la base de ressources naturelles et les services écosystémiques connexes nécessite la transition vers des systèmes de production agricole plus productifs, utilisant les intrants plus efficacement, et ont moins de variation dans leurs extrants. Idéalement, ces systèmes seraient plus résistants aux risques, aux chocs et à la variabilité du climat à long terme. C’est précisément pour articuler ces changements que la FAO a forgé le concept d’agriculture intelligente face au climat (ASC) comme voie d’avenir pour la sécurité alimentaire dans un climat changeant. L’ASC vise à améliorer la sécurité alimentaire, à aider les collectivités à s’adapter aux changements climatiques et à contribuer à l’atténuation des changements climatiques en adoptant des pratiques appropriées, en élaborant des politiques et des institutions habilitantes et en mobilisant les fonds nécessaires.

La CSA n’est pas une technologie ou une pratique agricole unique qui peut être appliquée universellement. Il s’agit d’une approche qui exige des évaluations propres au site pour déterminer les technologies et les pratiques de production agricole appropriées.

Un exemple d’agriculture intelligente face au climat au Bénin

Le Bénin est un pays en développement où l’agriculture constitue la base de l’économie nationale; le secteur emploie 70% de la population, représente 88 % des recettes d’exportation et contribue pour 36 % au produit intérieur brut (PIB). Les études de simulation du climat futur au Bénin révèlent que dans un monde climatique de 2050, la sécurité alimentaire serait compromise par des rendements appauvris pour la plupart des principales cultures du pays.

Face à cette situation, l’ONG Actions pour l’environnement et le développement durable (ACED) expérimente la CSA dans 2 villages de Sô-ava, au Bénin, en particulier le compostage de jacinthes d’eau pour l’agriculture biologique. La jacinthe d’eau bloque le transport fluvial et la pêche, inhibe les ressources aquatiques et produit des gaz à effet de serre (CH4, NO, CO², etc.) par sa décomposition non réglementée. Des études de diagnostic sur le compostage de la jacinthe d’eau ont identifié plusieurs options pour intégrer la plante envahissante dans le système agricole afin d’améliorer la fertilité et la structure des sols, réduisant ainsi son impact négatif sur les cours d’eau et le climat.