Repenser l’insécurité alimentaire et la dénutrition en Afrique

Il est clair que les grandes politiques de développement des pays en développement accordent peu ou pas d’attention à l’insécurité alimentaire et à la sous-alimentation. L’insécurité alimentaire et la sous-alimentation figurent en bas de la liste des priorités de la plupart des pays, en particulier en Afrique. Mais les coûts de l’insécurité alimentaire et de la sous-alimentation sont effarants. L’insécurité alimentaire et la sous-alimentation menacent la survie humaine.

Le rapport 2012 de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) intitulé « L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde » révèle qu’environ 870 millions de personnes dans le monde (12,5 %) sont sous-alimentées. La série de publications du Lancet sur la malnutrition infantile et maternelle de cette année fait également des révélations choquantes. Selon le Lancet, la sous-nutrition cause 3,1 millions de décès par an, soit 45% de tous les décès d’enfants en 2011. Il est évidemment désastreux de sous-estimer les impacts de l’insécurité alimentaire et de la sous-nutrition sur le développement socio-économique des pays.

Les causes de la sécurité alimentaire et de la sous-alimentation sont très claires. L’Afrique possède des millions d’hectares de terres arables non cultivées. Même sur les terres cultivées, seulement moins de 1 % sont irriguées. Cela explique pourquoi la production alimentaire est si faible et incapable de répondre aux besoins humains. De plus, l’aide des donateurs à l’agriculture n’est pas suffisante pour ce qui est des autres secteurs. En 2011, l’aide destinée à la nutrition s’est élevée à 418 millions de dollars (contre 259 millions de dollars en 2008), soit seulement 0,4 % de l’aide publique au développement totale (Di Ciommo 2013).

La volonté politique des gouvernements en Afrique fait également cruellement défaut. L’Indice HANCI (Hunger and Nutrition Commitment Index) 2012 le corrobore. HANCI mesure l’engagement politique en faveur de la réduction de la faim et de la sous-alimentation dans 45 pays en développement en utilisant 22 indicateurs et 3 domaines fondamentaux de l’action gouvernementale : politiques et programmes, cadre juridique et dépenses publiques. Sur les 10 derniers pays pauvres, 7 sont africains. Ils comprennent le Lesotho, la Mauritanie, le Soudan, le Burundi, l’Angola, la République démocratique du Congo et la Guinée-Bissau.

L’insécurité alimentaire et la sous-alimentation perpétuent la pauvreté et entravent une croissance économique significative. La sous-alimentation impose un lourd fardeau à la santé des enfants et nuit aux possibilités d’éducation à court et à long terme des enfants. Au milieu de ces problèmes, il est très inquiétant que les investissements dans l’agriculture et les actions ciblées pour lutter contre la sous-alimentation soient faibles en Afrique. En cela, la triste réalité semble se produire. Les progrès vers la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) sont menacés. Il s’agit notamment de l’OMD 1 (éradiquer l’extrême pauvreté et la faim), de l’OMD 2 (réaliser l’éducation primaire universelle) et de l’OMD 4 (réduire la mortalité infantile).

Aujourd’hui, nous nous trouvons dans une situation où la volonté économique et politique devrait être une option. Il est évident que beaucoup a été fait ces dernières années pour intensifier la production alimentaire et améliorer la nutrition. Les membres du G8, par l’entremise de l’Initiative de sécurité alimentaire de L’Aquila au Sommet du G8 de 2009, Certains pays ont montré qu’avec une forte volonté économique et politique, il est possible de réduire ou d’éradiquer la malnutrition et l’insécurité alimentaire. Grâce à sa politique nutritionnelle, le Brésil a connu un succès incroyable. Aujourd’hui, le programme d’alimentation scolaire du Brésil est mis en œuvre dans la plupart des pays africains, notamment au Ghana, au Sénégal, au Kenya, au Nigeria et au Malawi.

Mais il reste encore beaucoup à faire. Les pays africains doivent absolument s’engager à éradiquer totalement la faim et la sous-alimentation, les pires formes d’insécurité alimentaire. Nous devons viser une société mondiale où il n’y a aucune trace de faim et de dénutrition. Par là, un effort concerté mondial est nécessaire pour relancer la lutte. Et au-delà de l’engagement économique, il est important pour les gouvernements africains de démontrer la volonté politique de mettre fin à la faim et à la sous-alimentation. Comment on fait?

Il est également impératif de faire participer le secteur privé. Certaines mesures ont déjà été prises. L’initiative d’Amsterdam contre la malnutrition (AIM), un modèle de partenariat néerlandais réunissant des acteurs publics et privés, est importante pour montrer la voie. L’AIM lancé en mai 2009 vise à éliminer la malnutrition pour 100 millions de personnes en Afrique d’ici 2015. Des initiatives similaires doivent être encouragées pour stimuler le financement de programmes de nutrition ciblés.

L’approche pour remplir les engagements en matière d’investissements agricoles en Afrique doit changer. De façon cruciale, l’Union africaine a adopté, lors d’un sommet à Addis-Abeba en juillet 2013, des mesures unifiées et ciblées qui mettront fin à la faim et à la malnutrition d’ici 2025. Dans la Déclaration d’Addis, les chefs d’État et de gouvernement africains ont convenu de consacrer des fonds et un soutien pour aider à stimuler l’agriculture. C’est très positif dans la lutte contre l’insécurité alimentaire et la sous-alimentation. L’UA a déclaré 2014 Année de l’agriculture et de la sécurité alimentaire. Il s’agit d’une étape décisive pour relever les défis à relever.

Mais il y a lieu de s’inquiéter. C’est différent de prendre un engagement et de le respecter. Par conséquent, la question de savoir si les pays membres respecteront ou non ces engagements demeure une question. Les engagements de mise en œuvre pris pour stimuler le développement agricole dans la région ont été faibles. La Déclaration de l’UA à Maputo adoptée en 2003 en est un bon exemple. La Déclaration de Maputo enjoint aux pays africains d’augmenter les investissements dans le secteur agricole à au moins 10% de leur budget d’ici 2008. À la fin de 2008, seulement 4 des 19 pays ont atteint l’objectif de 10 %. Les gouvernements africains doivent passer de la parole aux actes. La Déclaration d’Addis est une autre occasion unique d’accélérer et de maintenir l’élan dans la lutte contre la faim, l’insécurité alimentaire et la sous-alimentation.

Bien sûr, il n’y a pas d’autre option. Le progrès humain sera un mirage si la faim, l’insécurité alimentaire et la sous-alimentation ne sont pas drastiquement réduites. Il est vrai que les efforts déployés au cours de la dernière décennie pour réduire la pauvreté, la faim et la sous-alimentation ont été impressionnants, mais ils ne suffisent pas. Les gouvernements ne peuvent se permettre de céder. Nous devons comprendre que la nutrition est un objectif de développement durable essentiel que les gouvernements africains doivent adopter. Le G8 a lancé en 2012 la Nouvelle Alliance pour la sécurité la pauvreté au cours des dix prochaines années. Le Sommet du G8 de 2013 a été une autre occasion pour les membres du G8 de renforcer leurs engagements à investir dans la sécurité alimentaire et la nutrition dans les pays en développement. La promesse doit